Le pastel est-il réellement fragile ?
Les doutes sur la fragilité du pastel, sur sa bonne tenue à la lumière, aux chocs et à l'humidité, sont tenaces depuis le XVIII ème siècle.
Diderot, inconditionnel de Maurice Quentin de La Tour, prédisait pourtant que les œuvres au pastel de ses contemporains étaient trop fragiles pour être durables, ignorant sans doute que l'art du pastel existait bien avant le XVIII ème siècle.
Il s'est trompé, mais son opinion, partagée par nombre des ses contemporains, persiste encore aujourd'hui.
Depuis Diderot, les chimistes ont fait d'immenses progrès, ils ont créé des pigments de synthèse, stables à la lumière, composants modernes des peintures industrielles et de toutes peintures beaux-arts, dont le pastel.
Les couleurs du pastel ne sont donc pas plus fragiles à la lumière que celles de l'huile, de l'aquarelle ou de l'acrylique, d'autant que d'autres composants de la peinture à l'huile sont sujets à des réactions chimiques qui risquent de ternir les couleurs en vieillissant, phénomène qui ne peu arriver au pastel dont la majorité des composants ne sont que des pigments, sauf le liant.
L'ennemi principal est l'humidité qui provoque la moisissure, non pas du pastel, mais celles des papiers et des cartons enduits de poudre minérale ou végétale sur lesquels travaillent les artistes.
L'humidité attaque aussi les peintures à l'huile, l'un des plus fameux chefs-d'œuvre de Léonard de Vinci, “ La Cène '', peinte à l'huile, a subi de graves détériorations causées par l'humidité, il a fallu la restaurer par deux fois. Ce n'est pas le seul exemple, d'autres huiles, peintes sur bois ou sur toile, ont souffert de l'humidité.
Quant à la tenue de la poudre de pastel en cas de chocs ou de vibrations excessives, elle ne dépend que de la technique employée par l'artiste et de son savoir-faire.
L'on peut aussi se poser la question : Quel est le collectionneur, amoureux des œuvres qu'il possède, aurait l'idée saugrenue de les exposer en plein soleil, de les laisser baigner dans l'humidité et ne pas les protéger des chocs ?
De nombreuses œuvres d'art nous sont parvenues en mauvais état, l'on accuse les matériaux employés pour leur réalisation, mais dans la plupart des cas les vrais responsables sont en majorité les ignorants et les indifférents qui, n'ayant aucun respect pour elles, les ont abandonnées sans se préoccuper de leur sort.
Jean- pierre Mérat
L'importance du choix des matériaux
Le choix des pastels et des supports avec lesquels travaille un pastelliste a une importance primordiale, chaque pastels, chaque support ayant chacun leurs qualités et leurs emplois spécifiques.
Un pastel sec ne permet pas d'obtenir les mêmes effets qu'un pastel tendre, de plus, tous les deux donnent des résultats différents suivant les papiers traditionnels ou les supports spéciaux sur lesquels ils sont appliqués. Le choix de la couleur des supports a aussi son importance, leurs teintes influencent la tonalité des œuvres.
Les pastels
Toutes les marques de pastels ont leurs qualités propres et peuvent s'employer sans problème dans une même oeuvre.
Les pastels "secs" ( Girault-R embrandt, etc. ) permettent de travailler pratiquement indéfiniment sur une œuvre par superposition et mélanges de couleurs - Maurice Quentin de la Tour a travaillé durant 30 ans sur le portrait de son Maître, il l'a gâchée à force de rechercher la perfection - la seule précaution à prendre et de travailler en couche légères, les applications en couches épaisses empâtent les supports . Il faut aussi savoir "fixer" son travail à certains stades pour éviter de créer des mélanges de teintes indésirables.
En général, l'on commence l'oeuvre avec des pastels "secs" et, l'œuvre étant terminée, l'on emploie les pastels "tendres" pour l'enrichir et la rehausser par des teintes éclatantes.
Les pastels "tendres" ( Schmincke- Unison Color, Sennelier etc ) offrent des gammes de couleurs riches et puissantes.
Employés seuls, il faut avoir suffisamment d'expérience pour ne pas multiplier les superpositions de couleurs qui empâteraient rapidement les supports. Ils permettent d'exécuter des touches similaires à celle obtenues avec la peinture à l'huile ce qui donnent des rehauts magnifiques, ils sont indispensables pour enrichir les œuvres exécutées au pastel sec.
Les craies d'art
Les craies d'art ( Faber-Castel - Conté )
Présentées en bâtonnets carrés, elles sont parentes des pastels, mais les charges sont moins nobles que ceux des pastels traditionnels.
Leur dureté permet de les épointer comme une mine de crayon pour réaliser des traits fins ou travailler en hachures.
Sont employés sans problème avec les pastels.
Les supports
Les couleurs des supports, papier ou autres, ont une réelle importance, elles influent sur les couleurs des pastels, il faut les choisir en fonction des tonalités générales du sujet.
Le papier " Canson mi-teinte " , depuis plusieurs siècles c'est le support traditionnel adopté part tous les Grands Maîtres, il est fabriqué dans une large gamme de couleurs. http://www.canson.fr/fiche_3_10.html
C'est le support idéal pour apprendre à maîtriser le pastel et à en tirer la quintessence . Employé sur la face la plus lisse, il convient parfaitement pour tous les sujets, portrait, nu, paysage, marine, fleurs, nature-morte et tous les travaux exigeant des dégradés et des mélanges subtils de couleurs.
Les papiers "Ingres" ont un inconvénient, celui de laisser apparaître leurs "vergetures" en permanence, même sous une couche épaisse de pastel.
Les papiers spéciaux
(Pastel Card, Spetrum, Sanfix, Sanded Paper)
Présentés en plusieurs teintes, ils sont faciles à employer. Ces supports sont enduits de poudre plus ou moins abrasive, sable, grès, pierre ponce, sciure de liège ou de bois, poudre de marbre, etc.
Ils conviennent surtout pour les travaux exécutés avec des aplats et des touches nerveuses pour des travaux d'aspect vigoureux, paysages, marines, fleurs, etc. Rarement utilisés pour des œuvres demandant des mélanges et des superpositions de couleurs délicats tels que le nu et le portrait, pour lesquels les supports papier traditionnels sont préférés.
Les fixatifs
Le fixatif sert à " lier superficiellement " les particules de pastel entre elles sans les vernir.
Il est à employer avec précaution, un jet intempestif "vernit" l'œuvre et il est pratiquement impossible de réparer l'accident.
Le fixatif employé à bon escient peut servir à divers stades du travail, notamment lorsque l'on désir superposer une couleur sans qu'elle se mélange avec celle déjà posée. L'on cache les parties de l'œuvre que l'on ne veut pas fixer avec du papier cristal par exemple.
Les crayons pastel
Stabilo CarbOthello, Conté
Ils sont indispensables pour mettre en place le sujet avant de peindre, avec deux couleurs, blanc et marron, pour matérialiser les passages de la lumière vive à l'ombre la plus dense.
Ils permettent de travailler les endroits inaccessibles aux bâtons de pastel ou aux doigts.
Lors de la finition, ils servent aussi à enrichir certaines parties de l'œuvre après les avoir fixées en les colorant légèrement avec un crayon pastel.
Les gommes
La gomme couramment employée est dite "mie de pain" , malléable, elle s'imprègne des particules de pastel. Enlever l'emballage et laisser sécher.
Il est nécessaire de la malaxer souvent pour retrouver une surface de gomme propre. Une gomme sale macule le support et les autres teintes.
Avant de gommer enlever le plus possible de pastel en brossant la partie à effacer avec un pinceau à poils raides et souffler pour évacuer la poudre de pastel, puis terminer avec la gomme mie de pain en frottant légèrement.
Quelques astuces
Supports "spécial pastel"
Certains papiers spéciaux à base de poudre abrasive, végétale ou minérale, ont besoin d'être "nourris" avec le pastel avant de donner le meilleur de leurs capacités.
L'on peut atténuer la rugosité de ses supports en les ponçant légèrement avec un papier de verre très fin , cela évite d'être obligé de combler les espaces entre les grains de poudre abrasive avec des couches importantes de pastels et permet d'obtenir une surface plus douce , sans perdre les qualités de ces supports. (Évacuer la poudre avant de travailler)
L'on peut réaliser soi-même son support avec les apprêts du commerce
(Schmincke, Lascaux) en enduisant des feuilles de carton sans acide.
Brosses et pinceaux
Un pinceau «brosse », poils raides, s'emploie pour enlever les épaisseurs de pastel trop importantes avant de gommer ou pour atténuer une couleur.
Un pinceau doux permet de créer des superpositions de couleurs en entraînant délicatement une teinte sur une autre, l'on crée ainsi par superposition des passages beaucoup plus subtils qu'avec les doigts.
Il permet dans certains cas de rabattre la couleur du "fond" sur les contours d'un élément du tableau pour le faire "rentrer" doucement dans l'ombre, l'on obtient ainsi un effet de continuité et de profondeur.
Marouflage
Pour éviter que le papier Canson mi-teinte se gondole une fois encadré il est préférable de le coller sur une feuille de carton sans acide. (Gerstaecker, Le Géant des Beaux Arts)
Encoller le carton avec une colle repositionnable (3M « Spray Mount) poser la feuille de Canson face granulée sur le carton encollé, la face lisse vierge ou déjà peinte face à vous , recouvrir avec une feuille de papier cristal , chasser les bulles d'air éventuelles avec le plat de la main.
Poser un autre carton pardessus, laisser sécher en maintenant l'ensemble avec des objets lourds (gros livres, botins, pile de cartons, etc.)
Encadrement
Pour le transport des œuvres, privilégier les cadres larges et assez épais, les baguettes sont flexibles et le verre ne l'est pas, il casse facilement lors des torsions dues aux manipulations et contraintes durant les transports. Le verre simple, à cause de sa fragilité est aussi à prescrire.
Les plexiglas , ne sont pas suffisamment transparents, de plus, chargés d'électricité statique ils attirent les particules de pastel.
Créer des couleurs avec des morceaux de pastels du commerce
De nombreux pastellistes professionnels, après avoir fait des essais de mélanges, fabriquent eux-mêmes des teintes superbes , introuvables dans le commerce. Ils récupèrent les petits morceaux ou cassent des pastels des couleurs choisies et les broient à l'aide d'un petit moulin à café électrique, mélangent soigneusement les poudres des couleurs qui composent la nouvelle teinte, lient ce mélange avec quelques gouttes d'eau, puis forment la pâte en bâtonnets et les laissent sécher.
Créer un support
Préparation : Incorporer une dose de poudre fine de silice, de poudre de marbre ou de pierre ponce dans du Gesso acrylique (Gerstaecker), une dose de colorant, par exemple ombre naturelle , mélanger soigneusement.
Faire des essais préalables pour les dosages des poudres et des colorants sur des morceaux de carton et les noter soigneusement.
Appliquer cette préparation sur un carton (sans acide) à l'aide d'un pinceau large ou d'un rouleau , éviter les surépaisseurs, laisser bien sécher.
Nota : Certains colorants sont long à sécher, préférer l'ombre naturelle .
Si vous enduisez les tranches et le dos du carton avec du Gesso acrylique pur il sera à l'abri des attaques de l'humidité.
Extrait de "Apprendre le Pastel" de la Société des Pastellistes de France
(Tous droits réservés. 2006)
Tous ces matériaux se trouvent chez
Gerstaecker - Le Géant des beaux arts
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